Les sucettes et l'otite moyenne
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Étant donné le nombre élevé de facteurs en lien avec l'étiologie des otites moyennes, il serait pratique d'imputer cette maladie au moins partiellement à l'usage de la sucette, un facteur de risque contrôlable même s'il est controversé. Si la sucette est responsable du sevrage précoce et si l'allaitement protège de l'otite moyenne, on peut aussi avancer que la sucette contribue à l'otite moyenne.
On postule que les sucettes sont des vecteurs passifs à la transmission de germes, même si, d'après une étude récente au cours de laquelle on avait effectué une culture sur 40 sucettes récemment utilisées, seulement 52,5 % d'entre elles contenaient des microorganismes, ce qui signifie que, curieusement, l'autre moitié des sucettes n'était pas contaminée. Les streptocoques alpha-hémolytiques étaient les plus courants. Les cultures des principaux pathogènes responsables de l'otite moyenne étaient négatives.
La succion de la sucette peut entraver le fonctionnement de la trompe d'Eustache en en modifiant la perméabilité et l'équilibre de la pression entre le nasopharynx et l'oreille moyenne. Dans une étude à Toronto, en Ontario, la succion de la sucette s'est observée auprès de 40 % des 601 enfants atteints d'otite moyenne chronique à qui on avait dû implanter des tubes de tympanotomie.
Selon un groupe de recherche de la Finlande, dans le cadre d'une étude prospective d'enfants en service de garde et d'une méta-analyse des facteurs de risque d'otite moyenne, l'usage de la sucette est un facteur de risque considérable d'otite moyenne aiguë. L'étude la plus récente de ce groupe portait sur l'effet des conseils aux parents sur l'usage de la sucette et l'occurrence ultérieure d'otite moyenne chez ces enfants. Le groupe d'intervention a reçu de l'information sur les aspects négatifs de la sucette. Il est intéressant de constater qu'à la fin de l'étude, plus d'enfants utilisaient encore la sucette au sein de ce groupe que dans le groupe témoin (68 % par rapport à 66,5 %). Cependant, moins d'enfants du groupe d'intervention l'utilisaient constamment, et l'occurrence d'otite moyenne aiguë diminuait de 29 % au sein de ce groupe. Ces résultats laissent supposer que la restriction de l'usage de la sucette aux moments ou l'enfant s'endort réduit l'occurrence d'otite moyenne aiguë. D'après ses travaux antérieurs, le groupe avance également que l'usage de la sucette devrait être restreint aux dix premiers mois de vie, lorsque le besoin de succion est le plus fort et que le risque d'otite moyenne aiguë est faible.
Une enquête récente auprès de parents d'enfants de 12 mois ou moins a également permis d'établir que le risque d'otite moyenne était deux fois plus élevé chez les utilisateurs de sucette. Cette étude était limitée par une définition aléatoire de l'usage de la sucette, établi à plus de cinq heures par jour, et par la fiabilité des comptes rendus des parents. Une étude similaire fondée sur des questionnaires remis aux parents de nourrissons au cours de leur première année de vie a établi une occurrence plus élevée d'otite moyenne chez les utilisateurs de sucette.
L'usage de la sucette semble être un facteur de risque dans le développement de l'otite moyenne. Cependant, ce n'est que l'un des nombreux facteurs associés à sa pathogenèse.
La responsabilité de la sucette semble augmenter avec la prolongation et la fréquence de son usage.
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